Vous l’avez sans doute remarqué : à chaque dispute, vous avez l’impression de rejouer la même partition. Les mots changent, les sujets aussi, mais la chorégraphie est bien souvent la même. Ce n’est pas une coïncidence — c’est un cycle.
Ce qu’on voit, ce qui se joue
Prenons un exemple. Marie reproche à Paul de ne jamais l’écouter. A l’écoute de ces reproches, Paul se ferme, s’éloigne, devient laconique. Marie monte d’un cran, devient plus insistante. Paul se referme alors un peu plus. À la fin, Marie crie, pleure, et Paul claque la porte.
le sujet n’est pas le sujetCe qui se joue n’a presque rien à voir avec le sujet apparent de la dispute. Ce qui se joue, c’est :
- Marie est en colère : ce ressenti est la partie émergée de l’iceberg – En-dessous se cache en fait une peur : est-ce que tu tiens encore à moi ? Je dois tirer ça au clair, maintenant !!
- Paul lui se retire, se désengage. En-dessous du retrait se cache une autre peur : je ne suis jamais à la hauteur, je préfère m’éclipser.
Les deux ont peur. Mais leurs peurs, en se rencontrant, s’alimentent l’une l’autre — c’est le piège, le tango très bien décrit par Sue Johnson, Dr. Sue Johnson est une psychologue clinicienne, professeure et auteure spécialisée en thérapie de couple. Sue Johnson a mené des années de recherche sur les relations pour mettre au point sa méthode d’accompagnement appelée la Thérapie de Couple Centrée sur les Emotions. C’est le décryptage de ces émotions sous-jacentes qui guide le travail et permet à chacun d’apprendre d’autres interactions au lieu de provoquer par ses comportements habituels, toujours les mêmes réactions en retour.
Repérer le cycle
La première chose qu’on travaille en thérapie, ce n’est pas le contenu des disputes. C’est leur forme. On dessine, presque littéralement, la séquence : tu fais ceci, je ressens cela, je fais cela en retour, tu ressens autre chose…
Une fois le cycle nommé, quelque chose change. On peut commencer à le voir venir — et choisir de ne pas y entrer.
Pendant les disputes, vous pensez que l’autre est votre ennemi. En réalité, c’est le cycle qui est votre ennemi - et il est très puissant. Tant qu’il est invisible, c’est lui qui mène la danse.
Sortir du cycle, à deux
Ce n’est pas une affaire de bonne volonté individuelle. C’est un travail à deux. Parce que même si l’un d’entre vous se calme, si l’autre est encore dans le cycle, le cycle reprend.
Le travail consiste à apprendre à se signaler, mutuellement, avant d’y entrer. À reconnaître les signes physiques (le ton qui monte, la mâchoire qui se serre, le besoin de fuir). À nommer ce qui se passe pour soi, avant que l’autre ne devienne l’ennemi.
Ce n’est pas magique. Mais c’est faisable. Et c’est ce qui, presque toujours, change le couple en profondeur.